Être soi, Être avec … Devenez L’Orateur que vous êtes

Être soi, Être avec … Devenez L’Orateur que vous êtes

Nous avons étudié dans un premier article- L’art de convaincre (I)- les moyens stratégiques de la conviction. L’enjeu était alors de comprendre comment susciter l’intérêt de nos interlocuteurs et créer avec eux une relation de confiance.
Dans un deuxième articleL’art de convaincre (II), nous avons recensé les moyens techniques dont nous disposons pour marquer les esprits et faire agir ceux que nous voulons convaincre.

Voyons désormais, dans le dernier article de cette série, les moyens humains qui sont à notre portée pour convaincre notre ou nos interlocuteurs.

Être soi

« Soyez vous-même les autres sont déjà pris »

Oscar Wilde

Cette injonction à être soi sonne comme un cliché tant nous l’avons entendu. Elle n’en n’est pas moins pertinente pour deux raisons principales :

1) Ce que je suis parle plus fort que ce que je dis

Nous savons grâce à l’étude d’Albert Mehrabian, professeur de psychologie à l’université de Californie que notre communication non verbale (gestuelle, « look », posture, mimiques) et notre communication para verbale (intonation, rythme, volume, timbre, accent, diction, débit, placement de ma voix) constitue 90 % de notre message.

Imaginons par exemple que je vous dise « Je suis très heureux de vous voir aujourd’hui » avec un ton sec et colérique, il y a de fortes chances que vous entendiez le contraire exact de ce que sont sensés dire mes mots. Si un orateur est agressif, son véritable message ne sera pas son contenu argumentaire, mais son agressivité elle-même. C’est cette agressivité qui sera perçue et enregistrée.

« Ce que vous êtes parle si fort que je n’entends pas ce que vous dites »

Pour la même raison, si l’orateur est soporifique, peu convaincu, ou désinvolte, nous serons beaucoup sensibles à son attitude qu’à ce qu’il dit objectivement et il y a de fortes chances que sa manière d’être ruine sa parole, même si ses mots sont objectivement dignes d’intérêt. D’ailleurs, lorsque nous sentons une incohérence entre les mots et ce qui est exprimé par le corps ou le visage, nous nous fions davantage à ce qui n’est pas dit explicitement que par ce qui est affirmé verbalement.

Voyons à titre d’exemple ce que l’on peut voir chez une personne qui malgré elle, par timidité ou manque de confiance souvent, redoute de prendre la parole en public.

prise de parole en public

Ces différents symptômes indiquent un mal-être, une difficulté à être à l’aise, libre, face à aux autres. Il ne s’agit pas de stigmatiser cette fragilité, mais de prendre conscience que ce manque d’assertivité non seulement impacte le message, mais prive l’orateur de la liberté de bien s’exprimer.

Cette prise de conscience est une invitation à travailler aussi bien sur le message (grâce à la préparation que nous avons abordée dans les articles suivants) que sur soi, c’est-à-dire le messager. Il serait en effet vain de faire un travail purement technique sur sa communication en faisant l’économie d’un travail sur soi. Car ultimement je suis le message. Au moins à 90 %…

C’est ainsi que les formations à la prise de parole en public (en présentiel et en distanciel) que je dispense sont souvent des moments de « révélation » pour ceux qui les suivent. Le fait de se confronter aux autres les oblige à se situer clairement face à tous ces yeux braqués sur eux qui leur demande silencieusement : qui es-tu toi qui te tiens face à nous ?
La pression que le regard des autres exerce sur nous dévoile nos insécurités. D’un seul coup, les masques derrière lesquels nous nous cachons se craquellent. Notre difficulté à contenir nos émotions est manifeste.

L’exercice est d’autant plus difficile pour ceux qui ont l’habitude de tout contrôler en faisant appel à leur seule rationalité. Ils sentent bien désormais qu’ils ne peuvent plus tout maitriser. Que leur corps prend le dessus en s’inhibant ou en s’agitant. Leurs émotions les font rougir, ou s’exprimer trop vite, ou trembler. À leurs corps défendant.

C’est alors que je leur fais prendre conscience qu’ils ne sont pas libres faces au regard de l’autre/des autres. Qu’ils ont tendance à perdre leurs moyens. Ils en conviennent. Mais comment faire alors pour retrouver de la liberté dans une situation aussi stressante ?

En étant davantage vous-même, je leur réponds. D’accord, mais comment faire pour être davantage moi-même ? Sachant que parfois je suis vraiment moi-même, je risque d’être odieux ! De ne plus faire l’effort de contrôler …

Telles sont les questions que nous allons aborder à présent.

2) Être soi pour être libre

Plus je suis moi-même, plus ma parole est alignée avec tout mon être, plus elle a de l’impact. Mon ou mes interlocuteurs sentent cette congruence. Elle les rassure en leur donnant le sentiment que je suis transparent et intègre, que je pense ce que je dis et dis ce que je pense. À charge pour moi de me discipliner pour maintenir cette unité. Et ultimement pour aligner mes paroles et mes actes bien sûr. Construire la confiance est une longue et patiente entreprise. Même avec un grand talent de communicant, cette confiance sera tôt ou tard réduite à néant si au final je ne fais pas ce que j’ai dit que je ferai.

En outre, tant que je donne à voir une image de moi, construite ou idéalisée, je subis un tiraillement intérieur entre ce que je voudrais être et ce que mon corps, mon psychisme, ma conscience m’invitent douloureusement (car je lutte) à être. Cette division intérieure est épuisante et stérile. Elle me maintient dans l’illusion que je peux me construire et me situer face aux autres par ma seule volonté. Elle donne souvent aux orateurs qui jouent ce jeu un style guindé, ou raide, forcé. Tout est un peu sur-joué. Comme chez un acteur qui aurait construit superficiellement un rôle, à partir de clichés, sans appuis intérieurs.
Cela peut marcher, mais pas longtemps. Tôt ou tard, le vernis craque, l’image se fissure.

La tension entre ce que je suis réellement (que je ne connais pas ou que je me refuse à accueillir pour des raisons souvent inconscientes) et l’image que je veux donner de moi devient une source de confusion et d’inquiétude. Ce conflit interne est épuisant et a pour conséquence un manque à gagner en termes de créativité, d’expressivité et de liberté bien sûr.

À noter enfin qu’être soi ne veut pas dire tout me permettre.
En situation de communication, être soi suppose d’être pleinement ce que je suis, mais au service d’un rôle social (manager, collaborateur, expert, etc.) dont j’assume librement les codes (vestimentaires, sémantiques, comportementaux).

Mais si faire le choix d’être soi pour bien communiquer est la bonne stratégie, comment  comprendre que ce chemin soit finalement si peu fréquenté ? Que cette invitation à être soi-même soit souvent entendu comme un vœu pieux, un idéal naïf ou inaccessible ?

En réalité, plusieurs raisons expliquent cette difficulté à emprunter la route vers soi-même :

1 – Ma volonté légitime de réussir et d’être reconnu dans un monde compétitif

Nous vivons dans un mode économique qui associe efficacité et performance sur fond de compétition permanente entre les uns et les autres aussi bien à l’extérieur de l’entreprise (la concurrence) qu’à l’intérieur.

Dans ce contexte, chaque prise de parole m’expose dangereusement. Je risque d’être disqualifié. Lorsque j’interroge les participants à mes formations, ils expriment ouvertement leurs peurs « d’être jugés, de ne pas réussir, d’être ridicule, de perdre leurs moyens ». Ils disent « se mettre une forte pression, car telle présentation représente un fort enjeu professionnel, déterminant pour ma crédibilité, l’atteinte de mes objectifs, ma promotion, etc. ». C’est la réalité et il serait angélique et contreproductif de ne pas la voir en face. Pour autant cette anxiété de performance qui correspond à une volonté légitime de réussir peut s’appréhender de manière plus paisible :

  • En effet, même si un esprit de compétition règne dans l’entreprise, 90 % des personnes d’un public, d’une manière générale, soutiennent l’orateur engagé qui se donne avec enthousiasme. Il vous sait gré de ne pas l’ennuyer et de recevoir de votre part quelques points de valeur (que j’aurais présenté comme des bénéfices en me mettant du point de vue du public) qui vont l’aider à mieux travailler.
  • Le management est dans l’ensemble plus bienveillant. Même chez mes clients où la relation était souvent dure, cassante, dénuée de toute empathie, peu à peu l’on comprend que le respect de la personne, l’encouragement, le « feed-back » constructif et le droit à l’erreur sont des leviers de croissance plus efficaces que la « shlague ».
  • Enfin, le fait que vous ne soyez pas « tout puissant » n’est au final pas une si mauvaise nouvelle. Adam Grant, un universitaire américain, a même développé le concept de « Powerless communication » pour démontrer que l’essentiel dans un lien de communication n’était pas d’impressionner, mais de se connecter. Or ajoute-t-il, c’est à partir de ce qu’il y a en nous de vulnérable que nous pouvons créer une relation empathique avec les autres. C’est contre-intuitif, mais c’est grâce à notre dimension humaine dans ce qu’elle peut même avoir d’incertaine, de faillible même que nous humanisons nos relations. Beaucoup de grands comédiens et de grands orateurs sont en réalité des émotifs (et des bègues parfois). Cette émotivité est devenue pour eux une source de compréhension des autres autant qu’une énergie pour s’exprimer. Il ne s’agit bien sûr pas de faire l’apologie de la fragilité, mais de croire qu’une certaine vulnérabilité assumée peut devenir une force, surtout si elle est vécue avec humilité et humour. En assumant de ne pas être tout puissant, vous rassurez tout le monde et ouvrez la voie à une relation authentique. Cette posture n’est pas incompatible avec la compétence et le professionnalisme. Elle est même le souvent le signe d’une grande maturité.

2 – Je n’ai pas une connaissance immédiate de moi-même

« Une vie sans examen ne vaut d’être vécue »

Socrate

Une autre raison explique la difficulté que j’ai à devenir ce que je suis profondément. Bien que je vive depuis ma naissance 24 heures sur 24 en compagnie de moi-même, je reste en partie un inconnu pour moi-même. Certains aspects de ma vie affective par exemple m’échappent et ce sont les situations de la vie qui me révèlent tel ou tel aspect de mon tempérament ou de ma personnalité. Freud disait que le fait de réaliser que notre inconscient menait en partie la barque était traumatisant.

Être soi suppose par conséquent que j’apprenne à me connaître.
Socrate le disait déjà il y a 2400 ans en reprenant la devise « Connais- toi toi-même » inscrite au frontispice du Temple de Delphes. Il utilisait pour ce faire l’art du questionnement (-la Maïeutique) aussi bien avec soi-même qu’avec les autres. Parfois ce retour sur soi ne se fait que lors d’une crise, d’une épreuve, d’un accident. On se tourne alors vers un psychologue. On se fait coacher. On lit, on s’interroge. Bref on plonge en soi pour trouver des voies de passage qui correspondent à ce que nous sommes et voulons vraiment.

3. Je suis multiple et contradictoire, évolutif

Non seulement je ne n’ai pas une connaissance immédiate de moi-même, mais je réalise que d’un jour à l’autre, d’une circonstance à l’autre, je peux être très changeant. Tantôt confiant, tantôt plein de trac. Un jour ouvert, un autre fermé. Tour à tour à tour sociable, taciturne, aimable, grincheux, posé, nerveux. Doux et colérique. Fort et fragile.

J’ai tenté dans ma pièce de Théâtre « J’entends des voix » d’explorer avec humour et fantaisie ces différentes facettes qui sont en nous en mettant en scène physiquement les différents aspects d’un même personnage. On le voit ainsi en proie à des arbitrages constants entre les requêtes de son « ça », de son « sur-moi » ou de se « moi idéal » pour reprendre une terminologie freudienne.

Les philosophes ont tenté de donner une définition de l’homme : la somme des relations sociales au sein desquelles il évolue nous dit Marx. Une liberté qui s’affirme existentiellement par les actes qu’elle pose si l’on en croit Sartre. Un « pêcheur pardonné appelé au salut » nous dit le christianisme.

Force est de reconnaître cependant qu’il est impossible de donner une réponse définitive et absolue à ce que je suis, un être en mouvement, multiple, complexe, vivant et en constante évolution.

4 – Je suis originellement dépendant du regard de l’autre

Nous nous sommes tous construits en intégrant le regard que les autres- Papa-maman- notre instituteur- nos professeurs, nos amis, responsables, nos collègues- ont posé sur nous

Peu à peu nous avons interprété subjectivement la manière dont nous avons été regardés. Si par hypothèse le regard que mes parents, mes proches, mes professeurs et autres éducateurs, moniteurs, managers a été « négatif » il y a de fortes chances que l’image que j’ai progressivement intériorisée de moi-même soit négative. « Bon à rien », « nul », « peureux », « maladroit », « odieux » : autant de qualificatifs qui ont pu être prononcés à un moment donné pour désigner un de mes comportements et que j’ai pu associer à ma personne.

Des criminologues américains ont développé la Théorie de l’étiquetage (« Labeling theory ») selon laquelle le comportement des individus peuvent être déterminés ou influencés par les termes utilisés pour les décrire ou les classer. Si par exemple, vous dites à un enfant de sept ans qui a volé un stylo qu’il est un voleur, vous risquez de l’enfermer dans sa faute. La sentence devient auto-réalisatrice. Elle agit comme une malédiction. À vingt-cinq ans, l’enfant ou l’adolescent qui a volé un stylo, un scooter, un sac à main est effectivement connu des services de police pour vols à répétition. Cette étiquette lui colle à la peau en guise d’identité.

À l’inverse de l’enfant qui a été rabroué, critiqué, humilié, moqué, celui qui a grandi en accumulant les encouragements, les regards bienveillants, les remarques positives à son endroit aura naturellement une estime de soi plus développé. L’amour que quelqu’un aura pour lui-même et la sécurité interne que cela lui donnera sera d’autant plus sûr qu’il ou elle aura été aimée inconditionnellement. Non pas pour ces qualités, ni ces talents, ni ces mérites, mais pour ce qu’il est fondamentalement. Une personne digne d’être aimée.

Attention de bien distinguer l’amour inconditionnel, source incontestable de confiance en soi et une éducation qui se contenterait de ne formuler aux enfants que des retours gratifiants et positifs quoi qu’ils fassent. Une telle pédagogie, faussement fondée sur la crainte d’altérer la confiance de l’enfant, l’entretient artificiellement dans une confiance qui n’est pas éprouvée par la réalité et qui s’avère par conséquent bien fragile lorsqu’elle est confrontée à la moindre difficulté. Une éducation structurante n’est pas complaisante.

Bref, le regard de l’autre ayant été fortement constitutif de mon identité, il est normal qu’à chaque fois que je me présente à lui, à fortiori s’il prend la forme d’un public, les questions qui se posent fébrilement à moi soient : qui suis-je ? Ai-je de la valeur ? M’aimez-vous ?
Ces questions sont souvent à la racine du désir de faire de la scène par exemple. Il y a chez beaucoup d’acteurs et de chanteurs un besoin impérieux d’être aimés. C’est une manière inconsciente de combler une béance affective. C’est à la fois un moteur (besoin d’être reconnu) et un piège. Que se passe-t-il quand ça ne marche pas / plus si ma valeur est indexée sur le box-office ?

La question qui se pose aux orateurs appelés à se confronter régulièrement au regard des autres est : Comment sortir de cette dépendance viscérale à l’égard du regard de l’autre/des autres ?

Ma réponse est très pragmatique : Je ne peux sortir de cette dépendance à l’égard du regard de l’autre / des autres qu’en me reliant à ce que je suis de la manière la plus tangible et incontestable qui soit c’est-à-dire mon corps, ma vie émotionnelle et mon rythme.

  • Face au public, quoi que je pense et quoi qu’il pense, je suis mon corps, c’est-à-dire des sensations qu’il m’appartient de ressentir.
  • Je suis mon rythme, c’est-à-dire une capacité à synchroniser ma pensée et ma parole.
  • Je suis une vie émotionnelle, c’est-à-dire un ensemble de réactions neurophysiologiques qu’il m’appartient d’accueillir et d’utiliser si, je ne veux pas en être le jouet.

Cette approche très pragmatique de l’être suppose, pour fonctionner en situation oratoire, deux conditions :

Passer à l’intérieur de soi

Pour quitter le monde du « faux self » ou des images auxquelles j’aurais voulu ressembler ou auxquelles mes proches, la publicité, la société voudraient que je me conforme, je dois en effet passer à l’intérieur de mon être et faire taire les injonctions intérieures (sois fort, sois brillant, n’aie pas peur, sois drôle, sois intelligent et j’en passe…) qui m’ont sommé d’être celui que je n’étais pas.

Cela demande que je me mette à l’écoute de ce qui se passe en moi en termes de sensations, d’émotions, d’impulsions, de pensées. Cela suppose que je m’autorise à accueillir ma vie intérieure sans la censurer, sans moraliser, pour pouvoir peu à peu la pacifier et l’unifier.

Cette aspiration à l’unité, source de paix intérieure nous vient des Grecs (« Un esprit sain dans un corps sain ») et plus particulièrement d’Aristote avait bien compris que l’homme, bien que souvent fragmenté, divisé, éclaté pouvait unifier les composantes physiques, affectives, mentales et spirituelles de son être.

On retrouve cette vision chez le psychanalyste Jung qui nous invite à apprivoiser notre ombre. Ou chez les moines (Moine vient du grec « Monos » qui veut dire « seul », « un », « unifié ») chrétiens ou bouddhistes dont la quête intérieure consiste à sortir de la dispersion intérieure pour ne plus faire qu’un. Un en soi et un avec le divin.

Faire preuve d’humilité

Le deuxième moyen de sortir de la dépendance vis-à-vis de regard est autres est l’humilité. Nous avons souvent une vision moralisante ou culpabilisante du mot humilité. Comme si l’humilité consistait à s’abaisser de manière masochiste, à s’humilier. Or si l’on s’en tient à la racine latine du mot- Humus- l’humus signifie la terre.

Et pour le communicant que je suis la terre, ma terre, c’est mon corps, mon rythme, ma vie émotionnelle.

  • Mon corps : Tout l’enjeu ici est se retrouver intérieurement en rééquilibrant la sphère mentale et une relation à soi qui passe davantage par les sensations. Notre monde urbain, rapide, ultra connecté sur-sollicite notre mental. Sous l’effet d’une suractivité et du stress, nous finissons par nous enfermer dans notre tête. Nous sommes alors comme envahis par nos pensées. Nous tournons en boucle. Lorsque nous somme dans cet état devant les autres, nous sommes submergés par nos pensées et nos émotions, sans parvenir à les mettre à distance. Notre sphère mentale a pris le contrôle de manière tyrannique.

    Pour éviter que cela ne se produise, il nous faut retrouver le chemin de la sensation dont j’ai coutume de dire qu’il est le « chemin de la maison ». Pour y parvenir, nous faisons faire aux participants à nos formations des exercices destinés à les rendre à nouveau conscients de leurs corps. Exercices de réceptivité (Docteur Vittoz), chorégraphies inspirées des neurosciences, exercices issus du théâtre pour s’ancrer et se remettre en énergie, autant de techniques faciles à mettre en œuvre, qui permettent à ceux qui les pratiquent de retrouver unité et confiance en s’appuyant sur des sensations concrètes et sécurisantes.
  • Mon rythme : Grâce à des exercices permettant de resynchroniser parole, émotion et expression, nous invitons les participants à découvrir leur rythme intime. Plutôt que de leur conseiller d’aller plus lent ou plus vite ; nous préférons les aider à expérimenter le rythme qui leur permet de s’exprimer sans tension. En mettant en place une discipline respiratoire qui les aide à ne plus « suffoquer » ou à se laisser embarquer dans une fuite en avant.
  • Ma vie émotionnelle. Dans ce domaine complexe, notre objectif est d’aider les participants à nos formations à :
    Maitriser sa vie émotionnelle. L’enjeu est qu’il puisse accueillir/Ressentir/Nommer et réorienter ce qui se passe en lui au lieu d’en être submergé
    Être juste (et non pas faux, emprunté, cabot), c’est-à-dire ajuster à lui-même
    Utiliser son intelligence émotionnelle en acceptant (c’est un lâcher-prise colossal pour beaucoup) de ne plus faire, mais de se laisser faire par ce qui se passe en soi et qui peut être un guide génial si on lui fait confiance et qu’on sait l’utiliser à bon escient.

Inutile de décrire longuement les exercices que nous faisons faire dans cet article. Ils sont faits pour être expérimentés. Vous êtes bien sûr les bienvenues à nos formations inter entreprise si vous voulez les pratiquer.

La différence entre être soi et être dans son égo.

Notre égo est mental. Il compare, évalue, juge constamment. Or une réappropriation de son corps, de son rythme et de sa vie émotionnelle a la conséquence inverse : elle nous libère de l’égo en nous permettant de nous trouver de manière concrète.

C’est ainsi qu’ayant mieux découvert qui je suis et l’ayant accepté, je peux m’ouvrir à l’autre, aux autres, plus sereinement. Je sais qui je suis fondamentalement. Je n’attends plus de l’autre qu’il me le dise.

Ainsi, et c’est le but ultime de toute communication orale, je peux être avec.

Être avec

« La réalité, c’est ce qu’on ne peut pas imaginer »

Jacques Lacan

Une bonne préparation me dispose à accueillir l’imprévisible

Autant j’ai pu anticiper les attentes de mon public, préparé mon intervention, autant il y a un paramètre que je ne pourrais jamais totalement maitriser : Le moment de la rencontre avec le public.

Ces instants de vie que je vais partager avec d’autres personnes sont par définition imprévisibles. Le but de ma préparation consiste par conséquent à me libérer de toute la dimension intellectuelle de ma prestation pour pouvoir m’ouvrir à cette part imprévisible et faire avec.

Parce-que je sais ce que je vais dire, dans quel ordre, avec quels mots clés et quelles transitions, je peux m’ouvrir à ce qui se passe ici et maintenant avec mon public. Louis Jouvet disait du comédien qu’il devait être intelligent avant son entrée en scène, mais pas sur scène. Il en est de même pour l’orateur. Une fois sur scène, sa mission est d’entrer en relation avec son public.

Cela demande moins des facultés intellectuelles que des compétences relationnelles, sensibles et émotionnelles qui vont permettre à l’orateur d’appliquer les bonnes pratiques suivantes :

1 – Partager son enthousiasme

Un trait caractéristique des bons orateurs est l’enthousiasme.
L’origine grecque du mot (Theos : Dieu) signifie « avoir un « Dieu à l’intérieur de soi ». La personne enthousiaste est celle qui est guidée, transportée par la force et la sagesse d’un Dieu. Cette énergie est communicative. Elle transforme les cœurs et les esprits et peut donner au public le désir de passer à l’action.
N’oublions pas que le critère d’une parole efficace n’est pas sa capacité à susciter l’admiration, mais à déclencher l’action. Comme le disait le philosophe Epictète, « Lorsque Cicéron parlait, les gens s’exclamaient, comme il parle bien, mais quand Démosthène (un général grec) prenait la parole, les gens disaient : marchons derrière lui ! ». Une parole enthousiaste incite les personnes à marcher derrière vous.

2 – Dire plus « vous » que de «je »

Le temps de la rencontre avec le public doit être un temps collectif. Vous n’êtes pas le héros, mais le serviteur du public. Vous défendez pour lui une cause en faveur de son intérêt. À ce titre vous devez vous décentrer. Il s’agit moins de vous que d’eux. Dites « vous ». « Nous » plus que « je ».

3 – Voir et entendre

« Tout l’art du comédien consiste à voir et à entendre »

Peter Brook

Lors des répétitions avec ses comédiens, Peter Brook, un grand metteur en scène de théâtre anglais, leur demandait de dire leur texte tout en leur faisant faire des exercices d’attention comme recevoir des balles et éviter des obstacles au sol. Il partait du constat selon lequel un comédien qui connait son texte par cœur ou qui l’a joué des dizaines voire des centaines de fois, peut se mettre à le jouer de manière mécanique, désincarnée. Ces exercices de reconnexion au réel permettent à l’acteur de rester vigilant à chaque instant.

Il en va de même pour l’orateur. Sous l’effet du trac, il peut vite s’enfermer dans une bulle (faussement) protectrice qui le coupe du public et de son environnement extérieur. En réalité cet évitement du réel est contreproductif :

  • D’abord parce-que si je suis dans ma bulle, il y a de fortes chances que je me bombarde de pensées imaginaires dramatisantes (que pensent-ils de moi ? Est-ce que l’on comprend/apprécie ce que je dis, etc..).
  • Deuxièmement qu’étant dans ma bulle je ne suis pas en relation avec le public. Je ne regarde pas chacun de ses membres, je n’écoute pas ses réactions, je ne récolte pas les informations dont j’ai besoin pour m’ajuster : donner plus d’exemples par exemple, faire une pause, parler moins vite, questionner…

La nécessité de « voir et d’entendre » demande au début de mon intervention un acte de courage (j’ouvre vraiment mes yeux et mes oreilles au lieu de me réfugier dans ma bulle), mais elle me permet d’agir en conscience, d’adresser ce que j’ai à dire et d’avoir une posture, une parole juste, c’est-à-dire ajustée à mon public ici et maintenant.

Or l’enjeu d’une prise de parole n’est pas la perfection, mais la justesse.

4 – Utiliser le silence

« Le silence est d’or, la parole est d’argent »

Dicton populaire

La nécessité d’utiliser le silence est sans doute ce qui marque le plus les personnes que nous formons. Elles découvrent en effet que sa maitrise est la clef pour :

  • Respirer et récupérer.
  • Accueillir ses émotions et les transformer
  • Se laisser inspirer par le public et la situation
  • Regarder les personnes du public et laisser au regard le temps d’approfondir, de nuancer, de solenniser (etc) ce que je viens de dire
  • Laisser au public le temps d’ingérer toutes les informations que vous lui apportez sous peine de le saturer. Un bon pédagogue laisse le silence faire son œuvre.

Indispensable et infiniment précieux, le silence est pourtant largement sous-utilisé. Pourquoi ?

Parce qu’il nous fait peur et qu’on préfère meubler, quitte à ne rien dire d’intéressant plutôt de le laisser régner. Mais pourquoi en avons-nous autant peur ?

Voyons ce que nous dit Laurie Laufer, psychanalyste à ce sujet :

Laurie Laufer

La fonction essentielle du silence est de permettre à la parole intérieure de circuler.
Le silence permet d’accueillir des choses nouvelles, de les recueillir.
Faire silence, c’est oser une confrontation de soi à soi, c’est affronter sa propre solitude.

Le silence permet cette rencontre avec soi, avec la personne à l’intérieur de nous qu’on ne connaît pas nécessairement. Cette rencontre est parfois très déroutante et peut-être une source d’inquiétude, car tout d’un coup le silence nous révèle des choses qu’on n’a pas envie d’entendre. Savoir-être en silence avec soi-même, c’est accepter son espace intérieur.

Ce que l’on peut dire, c’est que, si l’on a peur du silence, c’est parce qu’il nous raconte quelque chose qu’on ne veut pas savoir, qu’on occulte.
« Le silence, la force du vide, Coll. Mutations, éd. Autrement »

Pour utiliser le silence lorsque je suis en situation oratoire, il me faut donc d’abord avoir apprivoisé le silence et ce qu’il fait résonner en moi.

Cette maitrise du silence me permettra donnera beaucoup plus de poids et de saveur à ma parole. Elle me donnera aussi la possibilité d’utiliser l’outil à la fois le plus discret et le puissant du communicant, qu’il soit face à une personne ou à une large audience : L’écoute.

5 – Ecouter

« Les vendeurs les plus performants passent 80 % de l’entretien de vente à écouter »

Daniel Pink – To sell is human –

Le grand art consiste à se taire en parlant. L’écoute me permet d’aller plus loin que lorsque je me contente de « Voir et entendre ». Une écoute appropriée me branche sur une fréquence émotionnelle profonde avec le public. Les comédiens, les danseurs et certains sportifs définissent ce lieu d’écoute entre les uns et les autres comme « La zone ». En cette « Zone » endroit s’établit comme une communion. Un fil invisible relie les êtres qui deviennent alors en mesure, chez les danseurs par exemple, de faire exactement le même geste au même moment, sans indication extérieure.

On retrouve cette aptitude chez les improvisateurs chevronnés capables d’échanger à toute vitesse de multiples informations. On peut retrouver cette finesse de relation avec les animaux, ou au sein de la nature. Nous sommes alors dans une relation infra-verbale au monde qui en dit parfois plus long que tous les mots.

Lorsque l’orateur, qu’il sait écouter son public, parvient à créer ce lien, il est à même d’embarquer son public dans une expérience collective transformante.
Regardez cet extrait du discours de Martin Luther King (« I have a dream ») par exemple. Au-delà des mots prononcés, on sent une énergie presque palpable qui relie le public et l’orateur lors de ce discours historique qui changea le monde.

6 – Improviser

« Acting is reacting ! »

Enfin, être avec suppose que l’orateur sache improviser, c’est-à-dire, jouer avec son public. Rebondir sur ses propositions, accueillir les surprises de la situation, se rendre disponible à l’inconnu. Cela suppose beaucoup d’écoute et une vraie souplesse psychique pour toujours rester en relation avec le public, fût-il difficile ou déroutant.

Un excellent exemple des vertus de l’improvisation est donné par Kimberly Elsbach (Université de Californie) et Roderick Kramer (Stanford University), deux professeurs d’écoles de commerce qui ont passé 5 ans à Hollywood pour comprendre ce qui faisait la différence entre ceux qui après voir « pitché » en quelques minutes leur histoire obtenait du financement pour la développer (écrire un long métrage) et veux qui n’obtenaient rien. Après avoir assisté à des dizaines de « pitch meetings », interviewé des dizaines de producteurs, scénaristes, agents, ils sont parvenus à la conclusion suivante : Le succès d’un pitch dépend moins de sa qualité que de la capacité de celui qui pitch à engager le récepteur dans une collaboration mutuelle.

Plus le récepteur est impliqué dans le processus créatif, moins il y a de rejets. Plus l’auteur se crispe sur SA façon de voir les choses, moins il a de chances d’obtenir de l’aide. Plus à l’inverse, il écoute, collabore, se montre disposé à coopérer, plus il se donne de chances de voir son projet aboutir. Cela ne veut pas dire renoncer à ses idées, ni même accepter un compromis mou et au final contre-productif. Cela veut dire s’ouvrir à l’imprévisible et savoir interagir de manière improvisée.

Conclusion

À l’heure où la technologie est omniprésente et où sous l’effet des « fake news » et d’une prétendue post vérité », toute information devient suspecte, il nous appartient plus que jamais de redonner à la parole vivante ses lettres de noblesse et sa force propre.

Cela ne pourra se faire qu’en utilisant à bon escient (avec l’intention de servir le public et non de s’en servir) les outils puissants que nous offre la communication.

Mais aussi en devenant ou redevenant des femmes et des hommes de parole.

Si ces articles vont ont donné envie de vous former de manière pratique à la prise de parole en public et à la communication, contactez-nous sur notre site versiondefinitive.com.

Un « Coach-book » reprendra en les développant toutes les idées et conseils de ces articles.  Il vous permettra de « devenir l’orateur que vous êtes » grâce à une série d’exercices et de liens vers des fichiers audios et vidéos qui seront insérés dans le corps du livre. Si vous êtes intéressé par cet« coach-book » qui vous permettra de maitriser l’art de convaincre à l’oral, cliquez sur ce lien s’il vous plait.

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Philippe Lamblin

Philippe Lamblin


Formateur en prise de parole en public, communication interpersonnelle et Story-Telling.
Coach professionnel (certifié RNCP). Médiateur. Auteur-metteur en scène.
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